Francis ROCHE TOUSSAINT ’Une mission à Mayotte en 1984’

Directeur adjoint de l’IEDOM

Je venais de rejoindre l’Inspection des Instituts, en 1984, lorsque le directeur, Monsieur MEDA, m’a proposé d’assurer l’intérim de la direction de l’agence de Mayotte dont l’effectif était alors composé d’un agent SAM, d’une secrétaire, d’une comptable et d’une dame-compteuse.

Mon arrivée à l’aéroport de Pamandzi coïncida avec le retour des pèlerins de la Mecque. Je pouvais difficilement me frayer un chemin parmi les mahorais et les mahoraises habillées de leurs lambas traditionnels venus accueillir les nouveaux hadjs.

Le bureau, composé de deux pièces, était situé sur le « rocher » de Dzaoudzi au dessus de la poste dans un immeuble mitoyen du camp de la légion étrangère. Nous entendions les ordres du rassemblement ainsi que les chants des légionnaires. Parfois nous les croisions à l’exercice rampant dans les caniveaux.

Le stock de billets et de pièces était détenu par le Payeur dans deux armoires-coffres. La dame-compteuse allait travailler à la paierie tous les matins.

Les approvisionnements en billets arrivaient par avion sous la forme d’un ou deux cartons que nous allions chercher à l’aéroport avec la 305 Peugeot du Payeur escortés par une Jeep de la gendarmerie. Pour l’un deux, alors que l’avion était à l’approche, le véhicule s’en alla afin de participer à un flagrant délit de vol, les gendarmes nous informant qu’une nouvelle escorte arrivait.

Nous vîmes arriver un gendarme en mobylette qui tomba rapidement en panne d’essence et s’efforçait de suivre la 305 en pédalant de toutes ses forces.

Nous procédions aux échanges de billets avec la Banque Centrale des Comores (BCC) le temps de l’escale de l’avion d’Air Comores qui assurait la ligne entre Moroni et Pamandzi. L’agent de la BCC arrivait avec les francs français dans un sac de sport et reconnaissait à la paierie les billets comoriens pendant que nous comptions les billets français. Le tout en trois quarts d’heure afin de respecter l’horaire de l’avion. Le sac de sport repartait garni de francs comoriens.

Le système bancaire était composé de la paierie et d’un unique établissement de crédit que l’administration préfectorale jugeait timoré et malthusien dans la distribution de ses prêts. Le dirigeant de l’agence de la banque proposait régulièrement au Préfet d’accorder un concours à un porteur de projet à la condition qu’il lui offre sa caution personnelle.

Le réescompte et la création d’un Fonds de garantie permettaient la mise en place de prêt en faveur des pêcheurs qui, avec l’appui de leur coopérative, commercialisaient leurs prises. C’était la saison du thon blanc qui a constitué ma principale source de protéine pendant mon intérim.

Mayotte, à cette époque, avait une économie de cueillette avec un seul commerce de produits alimentaires qui provenaient d’Afrique du Sud. Au marché, les vendeuses assises par terre proposaient des petits tas de tomates ou de tubercules de manioc Le boucher arrivait à pied tirant le zébu qu’il tuait sur place et débitait en morceaux à la machette. Il était toujours entouré d’un nuage de mouches.

J’étais à Mayotte lorsque Jacques CHIRAC, alors premier Ministre, y fit un bref passage arrivant des Comores accompagné de Jacques FOCART. Les femmes mahoraises s’étaient attroupées à la sortie de l’aéroport espérant qu’il annonce la départementalisation du territoire. Lorsqu’il eut prononcé la phrase habituelle des hommes politiques métropolitains « il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs » (la culture attelée n’existait pas à Mayotte), les femmes mahoraises qui se faisaient traduire son discours par les enfants scolarisés, ont immédiatement quitté la place.

C’est le 29 mars 2009 que Mayotte est devenu, par une consultation référendaire, un département de la République.

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