Eric BAULARD ’Une réunion particulière du Comité national de l’Euro’

Directeur Adjoint de l’IEDOM de 2000 à 2002

Le 11 septembre 2001 à 14 heures 30, je me rendais au Comité national
de l’Euro. Présidée par le Ministre des Finances, cette instance
regroupait tous les acteurs directement concernés par le grand projet
du passage à la monnaie unique fixé au 1er janvier 2002. A partir de
1997, se retrouvaient ainsi au moins une fois par semestre à Bercy, des
représentants des autorités des marchés financiers, des établissements
financiers, des activités économiques, des syndicats, des économistes,
associations de consommateurs…et bien évidemment de la Banque de
France. L’équipe de Direction de l’IEDOM avait pour mission depuis
juillet 2000 de mettre en oeuvre le rapprochement de l’Institut et de la
Banque de France, la phase 3 de l’Union économique et monétaire
obligeant la France à ne faire figurer qu’une seule Banque Centrale
Nationale au sein de l’Euro système. Dans ce contexte, la préparation
du retrait du Franc et de la mise en circulation de l’euro fiduciaire
représentait notre principal défi.

C’est donc en plein coeur de débats très techniques qu’un collaborateur
du Ministre des Finances entra dans la salle pour lui chuchoter quelques
mots à l’oreille. Les échanges continuèrent et un quart d’heure après, le
Secrétaire d’Etat aux PME entra à son tour et transmit au Ministre une
information dont la gravité pouvait se lire sur ses traits. Le Ministre
interrompit les discussions et nous informa des deux crashs successifs
sur les tours jumelles de Manhattan et de leur origine
vraisemblablement terroriste. Il ajouta que les conséquences
immédiates de l’évènement sur les marchés financiers l’obligeaient à
quitter la salle sur le champ. Appelé à présider la poursuite du Comité, le
Secrétaire d’Etat eut quelques difficultés à maintenir l’intérêt des
échanges, les esprits étant soudainement « ailleurs », chacun
s’interrogeant sur le sens et la portée de ce qui venait de nous être
annoncé. De fait, le Comité fut rapidement abrégé.

Le lendemain, je devais me rendre à la Réunion et à Mayotte pour
apporter à nos agences de l’océan indien deux mallettes contenant les
signes de sécurité des futurs billets en euros. Il faut se rappeler que ces
informations étaient extrêmement sensibles plus de trois mois avant la
primo-émission, il faut aussi imaginer ce que pouvaient être les mesures
de sécurité à Orly au lendemain du 11 septembre 2001. J’allais donc être
accompagné pendant tout mon voyage par deux membres de
l’escadron parachutiste d’intervention de la gendarmerie nationale. Ces
deux « gardes du corps » ne me quitteraient pas d’une semelle jusqu’à la
remise de la seconde mallette au caissier de l’agence de
Mayotte…autant dire que nous ne passions pas du tout inaperçus. S’il
était évident que cette escorte me permettait de franchir en quelques
minutes les portiques de sécurité devant lesquels s’étaient formées des
files d’attente immenses, je m’interrogeais plus que jamais sur les
mérites comparés d’une sécurisation trop visible et d’une banalisation
sans protection…bien que ce jour là, l’Occident entrait dans un univers
où la sécurité était soudainement devenue omniprésente. Ainsi, ce que
les prescripteurs de la sécurité aérienne venaient de décider pour
longtemps se traduisait par l’amoncellement aussi dérisoire
qu’inquiétant de milliers de paires de ciseaux et objets tranchants qui
n’avaient plus droit d’accès à bord…rien ne serait désormais comme
avant.

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