Olivier BEUGNOT ’La production intellectuelle à l’IEDOM’

Directeur de l’IEDOM et de l’IEOM de 1990 à 1995

Lorsqu’en octobre 1990, je pris la direction de l’Institut d’émission des
départements d’outre-mer (en même temps que celle de l’IEOM), j’abordai un
monde pour moi relativement nouveau.

Je venais de Nouvelle-Calédonie où j’avais pendant trois ans créé, puis
animé comme directeur général, la Banque Calédonienne d’Investissement
(BCI) et la Société Immobilière de Nouvelle-Calédonie (SIC), deux entités dont
l’AFD et le Territoire de Nouvelle-Calédonie étaient actionnaires.
Antérieurement, je m’étais beaucoup impliqué dans l’activité bancaire, que ce
soit aux Antilles, en Afrique noire ou en Tunisie… Mais je passais désormais
« de l’autre côté de la barrière » en prenant la direction des deux banques
centrales que le législateur français avait souhaité créer, afin de mieux tenir
compte de la personnalité, de la spécificité et de l’éloignement de ces
collectivités ultramarines que sont les départements et territoires d’outre-mer
de la république française.

C’est précisément mon expérience de terrain et ma pratique du métier de
banquier hors de la métropole qui avaient – m’a-t-il dit – présidé au choix de
ma personne par le directeur général du groupe de l’AFD pour ces fonctions
nouvelles.

J’étais certes un peu anxieux devant cette importante responsabilité,
mais conscient également de la valeur, de la compétence et de la motivation
des équipes en place qui allaient travailler avec moi.

Nous lançâmes de multiples chantiers au cours des cinq années de mon
mandat à la tête de l’IEDOM. Refonte totale de notre système informatique et
de toutes les applications, du traitement des valeurs, extension et
spécialisation de notre réescompte, etc… mais il est un chantier, dans ce
document consacré au 50ème anniversaire de l’IEDOM, que je voudrais tout
particulièrement évoquer tant il me tenait à coeur et tant je pense que nous
avons pu lui donner une impulsion déterminante, c’est celui des études
économiques et monétaires.

La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Saint-Pierre-et-
Miquelon sont des microcosmes qui ont en commun leur éloignement de la
métropole, leur insularité (à l’exception de la Guyane, encore que cette dernière
ait été longtemps une sorte d’île dans la forêt nord amazonienne), la spécificité
de leur environnement géographique et humain, toutes raisons qui justifiaient
une analyse fine de leur situation, de leurs atouts et de leurs handicaps.
Le service des études de l’IEDOM (comme celui de l’IEOM) se livrait depuis
de nombreuses années à une importante collecte de toutes les données
disponibles qui faisait l’objet de publications régulières, bulletins de
conjoncture et rapports annuels qui constituaient pour les opérateurs
économiques mais aussi pour tous les décideurs, qu’ils soient locaux ou
parisiens, un outil apprécié, attendu avec impatience, largement diffusé et
immédiatement analysé et exploité.

Soucieux d’adapter de manière encore plus fine les instruments dont
disposait l’IEDOM dans le cadre de sa politique monétaire et de crédit, je
souhaitai très vite améliorer encore un travail déjà de grande qualité et étendre
la gamme des publications de l’IEDOM, ce qui supposait, en amont, un travail
de recherche et d’analyse dépassant la « photographie » annuelle de la
situation économique, financière et monétaire de chaque département, pour
mieux identifier les lignes de force – ou de faiblesse – des économies
domiennes.

Nous lançâmes ainsi des monographies « transversales », par exemple
sur la « filière canne – sucre – rhum », largement commune aux DOM,
dépassant ainsi l’approche « mono départementale » à laquelle nous
condamnait le rapport annuel, de façon à pouvoir fournir à l’ensemble des
décideurs, économiques et politiques, les éléments d’information et de
réflexion, voire d’orientation, qui leur étaient nécessaires.

Dans le même esprit, nous effectuâmes une étude très approfondie,
concrétisée par un volumineux rapport, sur « le tourisme dans les DOM-TOM »,
qui représenta une somme de travail considérable, en analysant notamment la
situation de chaque département d’outre-mer dans son environnement
régional, la Martinique ou la Guadeloupe – à titre d’exemple – ne pouvant
ignorer ce que faisaient ou envisageaient de faire les îles voisines, concurrentes
réelles ou potentielles, comme Sainte- Lucie, Antigua… ou Saint Domingue…
Je souhaitai ensuite que les équipes de l’Institut d’émission puissent
effectuer pour chaque département (ou territoire) une analyse dépassant le
cadre strictement annuel du rapport d’activité, pour mieux mettre en valeur les
données de base fondamentales de chaque économie domienne, ses forces et
ses faiblesses.

Furent ainsi réalisées les premières monographies consacrées à chaque
département, en commençant par le département le plus peuplé, La Réunion
(la Polynésie française pour les TOM), travail supplémentaire fort lourd, mais à
mon sens indispensable pour disposer d’une sorte « d’analyse spectrale » de ces
collectivités d’outre-mer. La rédaction de chaque rapport – dans laquelle je
m’impliquai personnellement très fortement – était soumise avant publication
à un « comité des sages », composé des membres de chaque comité d’agence
départemental et de personnalités particulièrement qualifiées, afin de valider
les analyses effectuées et d’enregistrer les éventuelles corrections nécessaires.

Ces différents travaux demandés à notre division des études, au siège et
aux cellules correspondantes dans les agences, représentaient une somme de
labeur supplémentaire très importante, mais qui fut effectué avec
enthousiasme, chacun ayant compris tout l’intérêt qu’en retireraient les
départements d’outre-mer et leurs population, les décideurs, les opérateurs
économiques… et bien sûr l’IEDOM lui-même qui, mieux informé, pourrait être
plus efficace dans sa mission fondamentale de « banque centrale au service du
développement ».

J’aimerais, dans ce message, rendre ainsi hommage aux équipes de
l’IEDOM que j’ai eu l’honneur et la joie de diriger, avec une mention toute
particulière pour les équipes des études économiques et monétaires qui, à Paris
et en agences, n’ont jamais plaint leur temps et leurs efforts pour atteindre les
objectifs ambitieux que nous nous étions fixés.

Qu’ils en soient tous ici remerciés.

  1. Guadeloupe  
  2. Saint-Barthélemy  
  3. Saint-Martin  
  4. Martinique  
  5. Guyane  
  6. Saint-Pierre-et-Miquelon  
  7. Accueil site  
  8. Mayotte  
  9. La Réunion